Autoportrait casqué



Il n’est pas certain qu’il s’agisse là d’un « autoportrait au travail ». En effet, rien n’indique vraiment le rapport de cette photographie à un contexte de travail, ni même à un autoportrait puisqu’on ne peut savoir qui se cache derrière la visière miroir de ce casque. Plutôt que de proposer un autoportrait qui soit explicitement en rapport au cadre d’un travail salarié, Bob the Builder semble avoir préféré envoyer une autoreprésentation de lui en travailleur de l’art masqué. Ainsi, en jouant la carte de la fiction et celle de l’anonymat, Bob the Builder amène à s’interroger sur le statut sous lequel les artistes et/ou les travailleur·euses sont supposé·es agir que ce soit dans le champ de l’art ou bien dans celui du travail. En effet, en admettant que l’option choisie par l’artiste en travailleur soit ici d’agir incognito pour se protéger de la répression patronale (telle qu’elle pourrait aussi s’exercer à l’encontre des At-workers ou des perruqueur·euses) ou pour se préserver, dans le champ de l’art, d’une trop grande exposition sous les lumières de la notoriété, il demeure dans les deux cas, qu’une fois le casque tombé (que cette « sortie du bois » soit assumée à la façon d’un « coming-out artistique » ou au contraire révélée tel un « outing forcé ») l’anonymat tant recherché pourra encore servir, paradoxalement, à accroître fortement la renommée de l’auteur·ice, contribuer à la mythologie de la biographie artistique de la personne qui se cache derrière ce masque et partant, démultiplier la valeur symbolique de sa griffe. C’est l’une des contradictions des effets retardataires de l’anonymat (mythologisé ?) et de l’action temporairement effectuée à l’ombre de l’art, qui se joue dans cet autoportrait.