Pour cette première Bourse du Travail Parallèle (2006), il a été demandé à chaque participant·e – voulant bien se prêter au jeu – de venir avec un objet volé/ou perruqué – sur le lieu de travail dans le but de l’exposer et/ou de l’échanger.
Bourse d’échange











Dans ce local syndical de la CNT-Nettoyage, deux espaces ont donc été proposés pour ces objets : un espace pour les échanges et un autre pour les documents ayant trait à la « représentation du travail ».





Si certains objets proposés au cours de la soirée ont été documentés, tous les échanges négociés n’ont pas fait l’objet d’une attention particulière, car il s’agissait avant tout d’un prétexte pour entamer une discussion sur les cadres de vie au travail. Cependant, et même s’il est bien probable que peu d’entre eux aient été effectivement échangés, une scène mémorable a vu Robert Kosmann (syndicaliste et perruqueur chevronné) accepter de troquer une « spatule de mouleur sur sable » (fabriquée en perruque par Laurent Fost) contre le CD d’une émission de radio (Nuit Magnétique) sur Simone de Beauvoir apporté par une personne travaillant pour une société qui numérise, en sous-traitance, les archives de l’Institut national de l’audiovisuel (INA). Cette travailleuse du numérique s’était ainsi constituée, petit à petit, une « sonothèque personnelle » qu’elle mettait à disposition de la BTP.


De cette façon, si quelques objets iconographiques et/ou matériels ont bien été échangés, l’essentiel de ces « archives sensibles1 » (pour reprendre le titre de l’ouvrage collectif réalisé sous la direction de l’ethnologue Noëlle Gérôme) apportées par les travailleur·euses ont plutôt été présentées pour leur « valeur heuristique ».

En effet, si ce dispositif, qui prenait la forme d’une incitation au don / contre don, visait à poursuivre la logique non-marchande inhérente à la perruque, cette invitation à l’échange d’objets était d’abord un prétexte à l’entame d’une discussion collective et au partage de témoignages entre complices.
En ce sens, ces archives « prélevées » par les employé·es servaient avant tout de médiation pour libérer les récits autour des contextes particuliers de production et des conditions possibles de leurs détournements par chacun·e.