Agente de sécurité dans un musée



Savon sur miroir

Je connaissais Dominique Sirois, car elle avait déjà bien voulu se prêter au jeu de la BTP en me faisant parvenir un CD des sons qu’elle avait enregistré lorsqu’elle travaillait en tant qu’« agente de sécurité[1] » dans un musée. Par le biais de cette post-a-photo, elle m’a fait parvenir un autoportrait réalisé sur son temps de pause et dans les sanitaires de son lieu de travail. Elle l’a intitulé : Savon sur miroir euphorie. Dominique Sirois a pris cette photographie dans les toilettes, après y avoir commis sur un miroir, ce qu’elle nomme des « actions-fluides » :

« Ces interventions furtives, sorte de dégâts volontaires ou dérèglement des habitudes, sont composées avec des substances issues de mon contexte de travail. Elles sont en quelque sorte des “ action-painting ” opérant une transgression des installations prévues pour le repos et les besoins essentiels au sein du lieu de travail[2]. »

À la réception de cette carte, je remarquais d’emblée que Dominique Sirois ne jouait pas ici avec les œuvres exposées (comme on aurait pu l’attendre d’une artiste travaillant dans un musée), mais donnait plutôt à voir les coulisses de son travail.

Des bruits blancs, qui ne sont pas si blancs, par Dominique Sirois

Dominique Sirois, Coke, Montreal, 2006
Dominique Sirois, Clés, Montreal, 2006
Dominique Sirois, Promenade, Montreal, 2006
Dominique Sirois, Frigiondes, Montreal, 2006
Dominique Sirois, Portes, Montreal, 2006

Il en allait d’ailleurs déjà de même lorsqu’elle avait préféré nous faire entendre (notamment lors de la BTP dans le local syndical) les bruits ambiants émanant « des salles mécaniques et électriques, mais aussi d’autres objets de [son] environnement quotidien » tels que le distributeur de boissons (qu’elle appelle « machine à coca-cola »), les clés, le réfrigérateur, la porte ou le talkie-walkie, etc. Des « bruits blancs, qui n’étaient pas si blancs » pour reprendre son expression, qu’elle avait enregistrée et collectionnée au cours de ses rondes du soir, à l’ombre des œuvres d’art. On peut dire que Dominique Sirois a su conserver, en cette circonstance, une attitude d’artiste puisque malgré ce travail d’agente de sécurité sans aucun doute monotone et ennuyeux, elle a poursuivi son « travail d’artiste » en faisant des moyens disponibles in situ des matériaux pour son art ou son expression artistique. Aujourd’hui, elle se présente comme une artiste qui réalise des « installations multidisciplinaires », si bien que lorsqu’elle parle de son « travail » ce n’est plus pour se référer à son « travail salarié ou alimentaire », mais bien plutôt pour nous inviter à nous tourner vers sa production artistique.